La cartographie des parties prenantes
MendelowPower / Interest gridClasser chaque acteur sur pouvoir et intérêt pour décider comment l'engager.
Fiche-outil
1En une phrase
La cartographie place chaque acteur du projet sur deux axes, son pouvoir d'aider ou de bloquer et son intérêt pour le résultat ; le croisement donne quatre quadrants, chacun dictant une stratégie d'engagement.
2Quand l'utiliser
- Au cadrage : recenser qui finance, qui autorise, qui sert, qui consomme.
- Quand un acteur puissant et distant (mairie, contrôle) risque d'être négligé.
- Avant de bâtir le plan de communication : qui informer, à quelle dose.
- Quand un blocage surgit : relire la carte pour viser le bon levier.
Quand l'éviter
- Projet minuscule à un seul acteur : la carte n'apporte rien.
- Pour répartir des responsabilités sur des livrables : c'est le rôle du RACI.
- Si vous traitez la carte comme un classement figé : elle se révise sans cesse.
3Pas à pas
- 1
Lister tous les acteurs. Recensez sans filtre tout qui pèse sur le projet ou subit son résultat : financeurs, autorités, équipe, fournisseurs, clients, voisinage, relais d'opinion. Un acteur oublié est un risque non vu.
- 2
Noter le pouvoir de chacun. Pouvoir = capacité à aider ou à BLOQUER le projet. C'est l'axe qui décide. Tranchez haut ou bas : peut-il, à lui seul, accélérer ou arrêter le projet ?
- 3
Noter l'intérêt de chacun. Intérêt = à quel point l'acteur se sent concerné par le résultat. Haut ou bas. Attention : un acteur peut être très puissant tout en se montrant indifférent.
- 4
Placer chaque acteur dans son quadrant. Croisez les deux axes sur la matrice. Le quadrant n'est pas un avis, il se déduit du couple (pouvoir, intérêt). Pouvoir haut + intérêt haut = en haut à droite, et ainsi de suite.
- 5
Déduire la stratégie d'engagement. Gérer de près les puissants concernés, garder satisfaits les puissants distants, tenir informés les concernés sans levier, surveiller le reste. Chaque quadrant = une dose d'énergie.
- 6
Réviser la carte régulièrement. Un acteur peut changer de case : un voisin tranquille qui porte plainte gagne d'un coup pouvoir et intérêt. Relisez la carte à chaque jalon ou événement marquant.
Astuce
4Exemple : le food-truck
Le food-truck se lance : le festival d'été, puis les marchés. Avant de courir partout, on cartographie neuf acteurs sur pouvoir et intérêt pour savoir où mettre l'énergie.
| Investisseur (apporte 30 000 €) | Pouvoir haut, intérêt haut : Gérer de près |
| Chef de cuisine (recette signature) | Pouvoir haut, intérêt haut : Gérer de près |
| Mairie (service des emplacements) | Pouvoir haut, intérêt bas : Garder satisfait |
| Contrôle sanitaire (DDPP) | Pouvoir haut, intérêt bas : Garder satisfait |
| Clients, équipe, fournisseur denrées | Pouvoir bas, intérêt haut : Tenir informé |
| Riverains + blog food local | Pouvoir bas, intérêt bas : Surveiller |
Deux acteurs commandent le projet : l'investisseur (il peut couper les 30 000 €) et le chef (savoir-faire rare). On les embarque dans les arbitrages. Le piège est ailleurs : la mairie et le contrôle sanitaire ont l'air indifférents, mais l'une attribue l'emplacement, l'autre l'agrément. Sans eux, pas d'ouverture : on les garde satisfaits, dossier carré déposé en avance, jamais de surprise. Clients, équipe et fournisseur sont concernés mais sans levier : on les tient informés sans sur-investir. Riverains et blog food restent en surveillance : effort minimal, mais un œil, car une plainte de riverain remonterait à la mairie et lui donnerait, d'un coup, du pouvoir sur vous.
5Le schéma
6Pièges fréquents
Attention
- Soigner les sympathiques et demandeurs et négliger les puissants distants : l'organisateur ou le contrôle sanitaire peuvent tout arrêter sans avoir l'air concernés.
- Confondre intérêt et pouvoir : un client bruyant a un avis fort, mais aucun levier de décision. S'épuiser à le contenter, c'est de l'énergie perdue.
- Sur-investir un acteur substituable : traiter le fournisseur en partenaire stratégique alors qu'un autre grossiste existe à côté.
- Croire la carte figée : un voisin tranquille qui porte plainte change de quadrant. Sans révision, vous pilotez avec une carte périmée.
7À retenir
À retenir
- Le pouvoir est l'axe qui décide : on classe d'abord par capacité à aider ou bloquer.
- Puissant + distant = le quadrant piège : à garder satisfait, jamais à négliger.
- Intérêt fort sans pouvoir : on informe et on écoute, sans sur-investir.
- La carte n'est jamais figée : un acteur peut changer de case en un événement.
8Repères
Grille proposée par Aubrey Mendelow en 1981 (conférence sur les systèmes d'information, Cambridge), popularisée ensuite par Gardner puis Johnson & Scholes. Elle reste l'outil de référence de l'analyse des parties prenantes.
9Trois outils du facteur humain, souvent confondus, en réalité complémentaires
| Outil | Ce qu'il apporte |
|---|---|
| Cartographie (Mendelow) | Classe les acteurs par pouvoir et intérêt pour décider comment engager chacun. |
| Matrice RACI | Répartit les responsabilités sur chaque livrable : qui fait, qui valide, qui consulter, qui informer. |
| Plan de communication | Découle de la carte : pour chaque acteur, quel message, par quel canal, à quelle fréquence. |
10Variantes & cas limites
- Trois niveaux par axe (bas, moyen, haut) plutôt que binaire, pour nuancer une carte riche en acteurs.
- Carte d'engagement : on ajoute la posture actuelle de l'acteur (opposant, neutre, soutien) et la posture visée.
- Salience model (Mitchell) : trois critères, pouvoir, légitimité, urgence, pour des projets très politiques.
- Carte dynamique : on flèche les déplacements attendus d'acteurs au fil des phases du projet.
11Questions fréquentes
Quelle différence avec un RACI ?
La cartographie répond à « comment engager chaque acteur » en le classant par pouvoir et intérêt : c'est une lecture des rapports de force, faite au cadrage. Le RACI répond à « qui est responsable de quoi » en répartissant des rôles (Réalise, Approuve, Consulté, Informé) sur chaque livrable. La carte vient d'abord, le RACI ensuite, une fois les livrables connus.
Pourquoi le pouvoir prime-t-il sur l'intérêt ?
Parce que c'est l'axe qui décide du sort du projet. Un acteur puissant mais indifférent peut le bloquer à lui seul, même s'il ne se manifeste jamais : la mairie, le contrôle sanitaire. À l'inverse, un acteur très demandeur mais sans levier ne peut ni l'arrêter ni le sauver. Les deux erreurs les plus coûteuses sont sur l'axe pouvoir : négliger un puissant, ou s'épuiser sur un faible.
Combien d'acteurs faut-il cartographier ?
Tous ceux qui pèsent sur le projet ou subissent son résultat, sans filtre au départ : c'est l'étape où l'on évite les oublis. En pratique, une carte lisible compte cinq à quinze acteurs. Au-delà, regroupez ceux qui partagent le même quadrant et la même stratégie (par exemple « les clients ») plutôt que de les lister un par un.
Faut-il montrer la carte aux acteurs concernés ?
Non. La cartographie est un outil de pilotage interne, parfois sensible : personne n'aime se découvrir en « surveiller ». Gardez-la pour l'équipe projet. Ce qui se partage, c'est ce qui en découle, le plan de communication et les sollicitations adaptées à chacun, pas le classement brut.
Le gabarit à remplir
Pour chaque acteur, tranchez pouvoir et intérêt (haut ou bas), déduisez le quadrant, puis notez le geste concret que commande sa stratégie.
| Acteur | Pouvoir (H/B) | Intérêt (H/B) | Quadrant | Geste d'engagement |
|---|---|---|---|---|
Avant l'intérêt, tranchez le pouvoir avec : « Peut-il à lui seul bloquer le projet ? »
Pour aller plus loin
- Le plan de communication : informer chacun à la bonne dose.
- La matrice RACI : qui est responsable de quoi.
- La note de cadrage : poser le projet avant de le lancer.